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Varroa : une infestation plutôt forte cette année.

02 Août 2018

Extrait du Flash Abeille n°49. Retrouvez l’article complet dans notre FLASH ABEILLE. Chaque fin d’été, il faut lutter contre le parasite Varroa. Cette lutte doit être la plus efficace possible afin de le maintenir « sous le seuil de dommage » jusqu’à la fin d’été de l’année suivante (lire ou relire le Mémento de l’apiculteur « chapitre Varroa » pour toutes les explications utiles. En accès libre sur le site de l’ADAGE). Les « bonnes années » il faut souvent traiter plus tôt.

La saison apicole 2018 a été bonne. Donc l'infestation Varroa est plus forte cette année ! Pourquoi ? Parce que Varroa est un parasite du couvain: il se développe d’autant mieux que les ruches sont fortes, qu’elles ont eu beaucoup de couvain … ce qui est le cas lorsque les années sont prodiges en miel.


Ce sont souvent les ruches les plus fortes du printemps qui atteignent les plus hauts niveaux d’infestation par Varroa en fin de saison ! Ces ruches développent alors des symptômes (Cf. photos et Mémento de l’apiculteur). Cependant ces symptômes apparaissent tardivement au cours de l’infestation, c’est à dire longtemps après que Varroa ai commencé son travail de sape (impact négatif sur les abeilles1). Autrement dit, l’apiculteur a souvent un temps de retard … C’est pourquoi nous vous conseillons vivement de suivre l’infestation Varroa, grâce aux différentes méthodes expliquées dans notre fiche technique n°2 (FT n°2 « Évaluer l’infestation varroa d’une colonie », à retrouver sur le site de l’ADAGE et chambre d'agriculture d'Alsace).


Une visite récente au sein d’un rucher « victime de symptômes anormaux » nous propose de surveiller un autre signe extérieur afin de détecter au plus tôt les fortes infestations.

 

Voici les éléments de cette visite :

-   Site : rucher d’environ 20 ruches « alsaciennes », situé dans une vallée du Haut-Rhin.

-   Observations par l’apiculteur : Devant les ruches, présence anomale de plusieurs centaines d’abeilles rampantes, incapables de voler. L’apiculteur précise que ce sont surtout de jeunes abeilles, et qu’elles ne présentent pas de symptômes visibles. A l’intérieur des ruches : Rien à signaler (ponte : ok ; prise de sirop : ok ; couvain : ok mais peut-être parfois un peu faible ou « en mosaïque » mais sans y  relever de symptômes de varroa ou de loque ; abeilles adultes : ok, pas d’observation des symptômes typiques de la Varroose, à savoir « des abeilles aux ailes déformées » ou des « varroas sur les abeilles » (Cf. Mémento de l’apiculteur).

 

Bilan de la visite sur place :

-          Devant les ruches : Environ 50% des abeilles trainantes devant les ruches présentaient bien des symptômes d’atrophie des ailes et/ou de l’abdomen (cf. photos ci-dessous). Beaucoup portaient même 1 ou 2 varroas sur elles (ceux-ci étaient souvent cachés entre les plaques de l’abdomen, à l’abri du regard ; voir photo en bas de page). Le fait que des symptômes n’étaient visibles que sur une partie des abeilles explique que l’apiculteur n’ait pas fait le lien avec Varroa !

-          A l’intérieur des ruches : Les abeilles adultes présentant les symptômes typiques de la Varroose étaient rares (mais bien présentes), ainsi que quelques varroas phorétiques et du « couvain cannibalisé » (cf. Mémento de l’apiculteur). Globalement les ruches étaient en bon état, avec ponte, couvain et populations d’abeilles abondantes. Couvain et abeilles étaient apparemment en bonne santé. Ce contraste entre l’extérieur et l’intérieur illustre bien le fait que dans les premiers temps de l’apparition des symptômes de Varroose, les abeilles luttent contre leurs congénères atrophiés en les sortants de la ruche. Cela diminue la présence d’abeilles symptomatiques dans les ruches (et augmente la présence d’abeilles sans ailes, trainantes, sur le sol devant les ruches).

-          Conclusion : Bien que les symptômes dus aux varroas aient été difficiles à mettre en évidence à l’intérieur des ruches, ce rucher était bien victime de ce parasite ! Pour schématiser, on peut dire que ce rucher est « en début de phase d’effondrement ». Nous allons illustrer cela en distinguant différents stades à l’infestation par Varroa.

Les 4 stades théoriques de la Varroose: 

1.     Varroa est peu présent. Les abeilles sont saines en apparence car certaines n’ont pas subi varroa pendant leur développement tandis que celles qui l’ont subi n’ont que des dommages invisibles à l’œil nu (baisse de la durée de vie, des capacités immunitaires, de la puissance de vol, etc.).

2.      Varroa est bien présent. Il touche de plus en plus de larves. Les abeilles sont toujours saines en apparence (mais leur durée de vie, etc. a baissé par rapport à la normale). L’apiculteur peu alors observer que les chutes de varroas augmentent (suivi des chutes naturelles sur le fond de la ruche).

3.      Lorsque varroa est très fortement présent (situation observée sur le rucher).

-        Les jeunes abeilles les plus parasitées pendant leur développement présentent les symptômes classiques (ailes déformées) ... mais elles sont repoussées à l'extérieur de la ruche par les abeilles saines. Ainsi, les abeilles dans la ruche sont encore saines en apparence (même si leur durée de vie est abaissée).

-        La présence de varroas phorétiques à l’intérieur des ruches est rarement observés car d’une part ils sont de petite taille (1,2 x 1,7 mm) et que d’autre part ils sont situés en grand majorité à l’intérieur du couvain, à l’abri des regards (pensez à l’image d’un iceberg : seule une minorité des varroas sont « émergés » tandis que la majorité est cachée sous le couvain).

-        Concernant les autres symptômes, non-typiques de la Varroose (tels que le couvain en mosaïque, des larves mortes et des opercules bizarres – Cf. Memento de l’apiculteur), ils peuvent être sporadiquement relevés.

ð Augmentez vos chances d'observer des abeilles aux ailes atrophiées en regardant les zone de couvain naissant (avant que les jeunes abeilles atteintes ne soient virées des ruches) et/ou en  surveillant le sol devant le trou de vol, à la recherche d’abeille trainantes (avec ou sans ailes, avec ou sans varroas sous l’abdomen).

4.        Varroa est très fortement présent depuis quelques semaines. La majorité des abeilles naissantes n’a plus d'ailes et a une durée de vie très courte. Il n’y a plus assez d’abeilles saines pour réaliser les différentes tâches de la ruche :

-     Faire le tri et chasser les abeilles atteintes => on commence donc à observer des abeilles symptomatiques dans les ruches.

-     Produire de la gelée royale (les glandes HP étant atrophiées) => la ponte de la reine diminue faute de nourrices et les abeilles nourrice (qui ne peuvent jouer leur rôle) deviennent butineuses « avant l’heure » (Lire le Mémento de l’apiculteur page 29 pour plus de détails sur ce déséquilibre interne et ses conséquences).

-     Le renouvellement des générations d’abeilles n’est plus assuré. Les vieilles abeilles, épuisées, meurent mais ne sont pas remplacées. La population s’effondre et se fera piller … in fine, les varroas de cette ruche iront coloniser le(s) ruche(s) voisine(s). Le RISQUE POUR L’ENTOURAGE est FORT ! (Cf. Mémento de l’apiculteur page 20, pour des précisions sur la dispersion de ces varroas dans les ruchers alentours).

La rapidité avec laquelle la ruche se dépeuple peut surprendre ! Une "belle ruche avec la hausse pleine d'abeille" peu alors passer au stade de "petite grappe d'abeille" en 2 ou 3 semaines seulement (soit la durée d’un cycle de couvain, ce qui est le temps nécessaire pour que les vieilles abeilles, parasitées, épuisent leur durée de vie écourtée tandis qu’aucune abeille saine ne pourra venir prendre la relève …). 

 A retenir :

Ø  Les symptômes de l'infestation Varroa apparaissent tardivement et ne sont pas aisés à observer dans les stades précoces de l'infestation.

Ø  Un des 1ers symptômes faciles à observer se trouve à l’extérieur de la ruche (au sol), et non pas dans les ruches. La présence de jeunes abeilles rampantes, incapables de voler, au sol, dans les premiers mètres du rucher, signe l’infestation Varroa. Ces abeilles n’ont pas forcement de symptômes « ailes déformées » ou « varroa phorétique », même si cela se retrouve en affinant les observations.

Ø  Le fait de pouvoir observer « facilement » la présence de varroas adultes sur les abeilles et/ou la présence d’abeille aux ailes déformées dans les ruches signifie que la ruche est déjà en phase d’effondrement aggravée et qu’elle souffre de l’infestation depuis de longues semaines ! Il est alors bien délicat d’arriver à « sauver » la colonie d’abeille …).

Que faire? Dans ce type de situation, il faut traiter sans attendre !

Cela nécessite souvent de retirer les hausses à miel et de mettre en place un médicament (à cette période de l’année, il n’est plus temps d’utiliser les méthodes complémentaires). Les principales solutions, pour une fin de juillet sont :

Ø Utiliser un des médicaments autorisés (voir les explications en pages 34 et suivantes du Mémento de l’apiculteur en accès libre), en sachant qu’APIVAR est associé chaque année aux meilleurs taux de survie des ruches dans nos enquêtes sur les pertes hivernales (Cf. bilans des enquêtes pertes hivernales Grand Est sont sur le site de l’ADAGE/Chiffres clés/Pertes de ruches), mais qu’il est lent (donc pas forcement adapté aux ruches déjà trop infestée lors de la mise en place du médicament). Un traitement parmi ceux à base d’acide formique serait préférable pour son coté « choc » (mais cela présente de réels risques pour la survie de la reine ainsi que de la ruche suite aux conséquences sur la ponte, le couvain et donc la population d’abeille qui hivernera).

Ø Une solution « radicale », voir « héroïque », serait de retirer l’intégralité des cadres ayant du couvain (les remplacer par des cadres déjà bâtit) pour ensuite appliquer un médicament à base d’acide oxalique (en sirop ou en fumigation). Cela serait très efficace et rapide contre varroa (mais il faudra ensuite veiller à ce que les ruches « remontent la pente » avant l’hiver, c’est-à-dire se remettent à pondre plusieurs cadres de couvain sain, afin de pouvoir assurer l’hivernage) => une méthode à réserver aux cas les plus désespéré (lorsque le couvain est vraiment trop infesté : il n’a plus aucun intérêt et peut être sacrifié avantageusement). L’idéal étant d’éviter aux ruches d’atteindre de tels seuils, en surveillant les chutes de varroas, pour agir en amont !

Précisions pour les amateurs de détails :

-          Varroa n’est pas répartir de façon homogène dans le couvain. « Sonder le couvain » n’est donc pas une garantie de détecter l’infestation … De plus, seule la mère-varroa est bien visible (brun foncé et « grande » avec ses 1,7 mm de long). Ses petits sont bien plus petits et d’un blanc translucides (Cf. photo).

-          Le nombre de varroa par ruche peut doubler tous les mois, tant qu’il y a assez de couvain à parasiter.

-          Quelle quantité de varroa correspond au « seuil de dommage » ? réponse : ce n’’est pas pareil partout ! Une estimation vers 2.000 à 4.000 varroas a été proposée dans le sud de la France. Les ruches de nos régions auraient un seuil plus élevé. La virulence des varroas étant liée à celles des virus associés et du contexte environnemental du rucher.