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Les pertes de ruches

Pertes de ruches et mortalités En hiver

Depuis quelques années, une mortalité accrue des colonies d’abeilles semble atteindre tous les continents et en particulier ceux de l’hémisphère Nord. En parallèle, un déclin général des insectes pollinisateurs est reporté dans différents pays. En 2006, le terme de « syndrome d’effondrement des colonies » (C.C.D., en anglais) a fait son apparition, décrivant un phénomène inexpliqué et de grande ampleur qui conduit à la fragilisation du cheptel apicole mondial (les ruches sont retrouvées vides de leurs ouvrières, sans cadavre dans ou devant la ruche).

L’Europe est également concernée par des phénomènes de fortes mortalités de colonies d’abeilles.

Outre les décès de colonies d’abeilles pendant l’hiver, d’autres phénomènes sont relevés : affaiblissement en cours de saison, augmentation du nombre de cas de « ruches bourdonneuses » ou encore baisse de fertilité chez les faux-bourdons.

 ·     Le réseau COLOSS (Prevention of COlony LOSSes) a été créé afin de coordonner au niveau international la lutte contre les pertes de colonies. Ce réseau regroupe chercheurs et responsables du développement apicole de 54 pays différents. Une enquête sur les pertes hivernales de ruches dans les différents pays est conduite de façon harmonisée. 

 ·     En Alsace, la Chambre d’Agriculture suit, depuis 2010, les pertes hivernales et les événements sanitaires en apiculture. Les résultats détaillés de ces enquêtes sont accessibles sur le site de la Chambre d’Agriculture d’Alsace, rubrique « apiculture » « pertes de cheptel ». Voir la présentation ci-dessous.


 

BILAN DES ENQUETES PERTES HIVERNALES EN ALSACE

(Comptes-rendus disponibles sur le site de la Chambre d'agriculture d'Alsace et dans la partie "document à télécharger")


* Le terme "Non-vaeur" désigne une ruche ayant survécu à l'hiver mais qui ne pourra pas se développer normalement au printemps sans intervention de l'apiculteur, suite à une maladie, à un affabilissement trop impotant de sa population ou suite à un probleme concenrant la reine de la colonie : sa productivité est compromise pour l'année à venir.

 


Les enquêtes conduites en Alsace collectent des informations sur le devenir de plusieurs milliers de ruches. Il ressort de ces informations objectives remontant « du terrain » que les principaux facteurs corrélés aux pertes hivernales sont les suivants :

 

·       Choix de la stratégie de lutte contre le Varroa

·       Date de mise en place des traitements Varroa

·       Force des colonies hivernées

·       Pression varroa avant traitement

 

L’infestation par Varroa est un paramètre essentiel pour expliquer les pertes hivernales. Ce n’est pas le seul paramètre, mais c’est le plus influant. Lutter efficacement contre le Varroa est la première des actions à mener pour maintenir la santé des abeilles. Ce n’est pourtant pas une lutte aisée.


En résumé, les principes essentiels pour vous assurer d’un bon démarrage de vos ruches au printemps sont :

  1. Hiverner des colonies fortes (C'est-à--dire minimum 1.8kg d’abeille soit 6 cadres Dadant couvert sur leurs 2 faces – Ref. Southwick E 1985 – Cf. formation Mise en hivernage)
  2. Et correctement déparasitées (c’est-à-dire traitées suffisamment tôt et à l’aide de médicaments efficaces),
  3. Choisir judicieusement le rucher (site abrité de l’humidité et du vent, exposé au soleil et à proximité de ressources alimentaires tardives et précoces).

 


Des causes multifactorielles (extrait du Mémento de l’apiculteur – chapitre d’introduction)

Les recherches sur ces phénomènes de pertes et d’affaiblissements n’ont pas mis en évidence de facteur causal unique.

Un consensus scientifique invoque des « causes multifactorielles », c’est à dire l’interaction de plusieurs facteurs conduisant à l’affaiblissement ou à l’effondrement des colonies d’abeilles.

Nous pouvons classer ces facteurs en 4 grandes catégories (auxquelles d’autres causes encore indéterminées pourraient éventuellement s’ajouter) :

·       Les agents biologiques

      Maladies infectieuses (bactéries, champignons, virus divers,…), parasites et prédateurs. En particulier, les espèces invasives qui posent de nouveaux problèmes aux abeilles (nouveaux virus pou agents pathogènes tel que Nosema ceranae ; nouveaux prédateurs tels que le frelon asiatique ; mais aussi et surtout le Varroa, un parasite identifié comme étant « l’ennemi numéro 1 » des abeilles.

·       L’appauvrissement de l’environnement

      Changements climatiques, empreinte écologique de l’homme, baisse de la biodiversité…, différentes causes entraînent la raréfaction des plantes pollinifères et mellifères dans notre environnement, ce qui provoque des carences alimentaires dans les colonies. En retour, ces carences favorisent les autres facteurs d’affaiblissement. Le réchauffement climatique perturbe les habitats et la répartition de nombreuses espèces. Les périodes de floraison, et donc la nectarification et les pollinées sont impactées.

·       Les agents chimiques

      Exposition à la pollution (HAP, métaux lourds,…) et aux pesticides susceptibles de les impacter, les abeilles se nourrissent librement dans un rayon de 3 à 4 km autour de leur ruche et la colonie accumule des traces et résidus des produits présents dans son environnement.

·       Les « mauvaises pratiques » apicoles

      Face à ces problèmes, les apiculteurs « modernes » doivent acquérir plus de savoir-faire et ne pas commettre d’erreurs techniques. La survie des colonies d’abeilles est compromise, par exemple, en cas de méthode de lutte inadaptée contre le Varroa, de non intervention lors d’une période de carence alimentaire, ou encore lors d’itinéraires techniques mal adaptés (création d’essaims trop peu populeux ou mal suivis entraînant des risques de couvains refroidis et de maladies, surchauffe lors de transhumances mal préparées, mise en hivernage de colonies trop peu populeuses conduisant à l’échec, etc.).

 

L’influence respective de chaque facteur d’affaiblissement, ainsi que leurs interactions, font l’objet de nombreuses recherches.

 

Consulter notre Mémento de l’apiculteur pour plus de détails.

 

Les connaissances actuelles

On a ainsi pu démontrer :


Le rôle central du parasite Varroa destructor (Cf. I.5, page 26).  

Cet acarien est considéré comme « le principal ennemi des abeilles » (ce n’est pas le seul, mais c’est le plus influant). Il parasite les larves d’abeilles et les abeilles adultes, provoquant un affaiblissement de leurs capacités immunitaires et de leurs performances (durée de vie, capacité de vol, etc.). De plus, le Varroa multiplie, propage et inocule de nombreux virus. Attention : l’infestation par varroa peut passer longtemps inaperçue, car la majorité des varroas sont cachés dans le couvain (on ne voit que le partie émergée de l’iceberg). Lire les études suisses (Imdorf 2007), allemandes (Genersch et al. 2010, Rosenkranz al. 2010) ainsi que les rapports de la Commission Européenne et de l’EFSA.


L’influence de la qualité de l’alimentation des abeilles (Cf. V.2, page 121).  

Avoir accès à des sources de pollens diversifiées et de bonne qualité (c’est-à-dire riches en protéines) est essentiel pour maintenir les capacités de résistance aux maladies.


L’influence des résidus de certains pesticides sur les colonies d’abeilles (Cf. V.5, page 126).  

Les conséquences de l’exposition à des résidus de pesticides sont de mieux en mieux identifiées, notamment au niveau des troubles sublétaux, c’est-à-dire les troubles du comportement et du métabolisme de l’abeille qui n’entraînent pas directement la mort de l’individu. Une publication de l’Inra (Henry et al. 2012), portant sur le néonicotinoïde thiaméthoxam, a démontré les dangers relatifs à de telles modifications du comportement, qui altèrent la capacité à retourner à la ruche.


L’existence de synergies entre facteurs de risques (Cf. V.5, page 126).  

Une synergie, ou « effet cocktail », signifie que « le mélange est plus toxique que la somme des éléments du mélange pris séparément »


Des liens très forts ont été découverts entre différentes maladies des abeilles (Hedtke et al. 2011)

-                 L’infection par le virus des ailes déformées (DWV) est plus forte quand l’infestation de Varroa est forte en été.

-                 L’infestation par Nosema apis au printemps est plus forte quand l’infestation de Varroa était forte l’automne précédant.

-             Les « poussées » de couvain plâtré (ascophérose) en cours de saison sont plus fréquentes quand il y avait une infection par Nosema ceranae au printemps précédant, ou encore lorsque l’infestation de Varroa était forte pendant la saison.

 

Ces exemples illustrent la complexité des interactions qui se déroulent au sein des colonies d’abeilles, en particulier le très grand nombre d’individus présents dans une colonie et le fait que celle-ci forme une société (un « super-organisme ») et qui rendent difficile l’établissement de liens de cause à effet entre tous ces paramètres. Les études sur les effets synergiques montrent que des doses d’insecticides considérées comme ne pouvant pas entraîner la mort sont potentiellement létales pour des organismes parasités et fragilisés.

 

(extrait du Mémento de l’apiculteur – chapitre d’introduction)